A la poursuite d’Emile…

La grande guerre est un bouleversement inimaginable pour nous qui ne sommes que les arrières petits enfants de ceux qui l’ont vécue. Des cours d’histoire, des pierres gravées qui s’élèvent dans tous les villages de France, films ou romans, voilà ce que nous en connaissons. Cependant elle a curieusement toujours retenti en moi, depuis les premières leçons d’histoire justement. C’est un peu (un peu) comme s’il s’agissait de l’événement le plus ancien dont je me souvienne.

Emile Toussaint est mon arrière-grand-oncle, le frère de mon arrière-grand-mère. Emile Toussaint est mort le 28 septembre 1918 dans les premiers jours de la dernière bataille (Meuse-Argonne), dans les dernières semaines de la guerre et après quatre ans de mobilisation.

Je suis né un 28 septembre, i.e qu’à un demi siècle près, mon premier jour est le même que son dernier.

Emile ne nous a laissé qu’une poignée de cartes postales du front. Il y met souvent un mot sur ses conditions de vie, ce qui ajoute à la frustration : probablement en a-t-il raconté plus dans le courrier fait à sa femme. Mais ce courrier a malheureusement disparu. Cependant sa fiche militaire assez complète permet de reconstituer son parcours et si nous ne pouvons lire que trop peu ses impressions, celles de ses contemporains foisonnent : écrivains et poètes, témoignages de soldats pris dans les mêmes tourments et comptes rendus officiels (les journaux de marches des régiments ou JMO).

Ajoutons à cela les photographies prises, là-haut, sur le front et ce qu’on peut en voir aujourd’hui en 2018, cent ans après sa mort : c’est assez pour remplir ces pages.

Trou de mine de Massiges, 2018

Je suis l’auteur de toutes les photos; elles ont été prises en septembre 2018.