La foudre

J’étais seul à l’extrémité de notre tronçon de boyau, recroquevillé dans un petit trou, lorsqu’un gros obus s’abattit comme la foudre à trois ou quatre mètres en avant de moi. La violence du déplacement d’air arracha et projeta je ne sais où ma toile de tente que j’avais mise devant mon trou pour me préserver du soleil et des mouches; quant à moi j’eus l’impression d’être aplati net et je restai quelques secondes sans pouvoir soulever ma poitrine vidée d’air. C’était le souffle de la mort que je venais de ressentir. On dit qu’il est glacé, je l’avais trouvé brûlant. Il avait traversé tout mon être depuis mon cerveau comprimé, mon coeur et mes poumons oppressés jusqu’à mes jambes maintenant amollies.

Louis Barthas